me0000058770_3.1230242234.jpg De grands macarons pavent la porte vitrée ouverte à tous les vents de décembre : «Label rouge», «haute traçabilité», «maîtres artisans», «volailles de Bresse», «veaux élevés sous la mère» … Pétrifiée dans le marbre de sa caisse, bien en chair, Madame P. tape sur son terminal à carte, les doigts engourdis dans ses mitaines. La queue s’allonge sur le trottoir et sur le registre des commandes. Un mot aimable pour chaque vieille dame, à chaque marmot impatient un bonbon, à chacun ce sourire plein derrière des lunettes strassées, «Bonne fêtes à vous», «bonne chair à elle», «bonne dinde à lui», «bonne bourre à tous»…

Tous les jours, à l’heure encore noire, la boutique éclaire le pavé. Très tôt, le bœuf est arrivé en grande carcasse de chez Rembrandt, l’agneau en orgue de côtelettes de chez Chardin, sur la nuque encapuchonnée des « forts », aux biceps achilléens et aux mains vermeilles. Serge P. noue son tablier avec un soin kabbalistique tandis que vous vous débarbouillez encore de vos songes. Détaillée, bardée, persillée et mijotée dans l’office du sommeil dominical, la bête morte disparaît à jamais sous son couteau.

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