48.1262630264.jpg On ne trouvera guère plus « français » que Jules Renard. Un air de province à Paris, un soupçon de Paris en province, la dent dure et le cœur vulnérable, une ironie vacharde et un  zest d’humour triste, avec cette suspicion  paysanne devant toute esbroufe infatuée : tel est l’auteur de Poil de Carotte, secrètement amer de ne pas être celui de Cyrano, mais s’acceptant  écrivain du bref, du ciselé, de l’acéré, du  serti. Quand en 1896 il écrit les Histoires naturelles, il a trente-deux ans, quatorze à vivre encore (« La vie est courte, mais on s’ennuie quand même »), une triste enfance à digérer, un Journal à tenir jusqu’au bout, et ce goût d’une nature «bien  de chez nous », le terroir familier, sa Nièvre, bêtes et plantes. Mais voilà qu’aimer la nature même cesse d’être simple, comme  le suggère le chapitre Poissons.  Aimer sans posséder ? Posséder sans tuer ? Pas facile d’être homme de conscience dans le concert du vivant.  Que dirait-il aujourd’hui, homme de masse dans une nature appauvrie ?

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